On l’espère ou la redoute depuis si longtemps que cette vraie fausse annonce de candidature n’en est plus vraiment une. Tout le monde l’attend, chacun sait mais quelques esprits naïfs, malicieux ou cyniques ont voulu laissé croire qu’il planait encore un doute au sujet du non événement.
Paradoxe, on sait même avant son officialisation qu’elle aura bien lieu : hormis les catastrophes plus ou moins naturelles ou financières (mais n’ont elles pas quelque chose de "naturel") plus rien ne semble pouvoir être gardé secret, chaque décision, chaque réforme, chaque changement, chaque déclaration étant désormais connue avant même qu’ils n’aient été diffusés. Nous disposons dorénavant à cet égard d’une forme de prescience, faisant des médias nos diseuses contemporaines de bonne ou plus souvent de mauvaise aventure. On peut imaginer que c’est à partir d’analyses fines et de fuites bien organisées que tout ce ramdam est rendu possible, mais ne s’agit-il pas plutôt d’un manque totale d’imagination ? Tout est à peu près écrit à l’avance tant notre monde semble irrémédiablement soumis à une seule et même règle édictée par quelques uns et dont il semble aujourd’hui impossible de se défaire. Quelles sont en effet les surprises qui nous ont été réservées ces dernières années, qui parmi nous a été bouleversé dans ses certitudes par tel ou telle ? Hormis quelques petites digressions il n’y a plus aucun suspens, tout est prévu et organisé à la manière d’un scénario bien établi, même si selon notre environnement quelques ajustements sont parfois nécessaires. Même Fukushima aura en la matière peu servi, puisqu’aux dernières nouvelles, l’émotion ayant été dissipée, il n’y a plus ou presque plus de velléité de revoir notre modèle énergétique national.
Ce qui pourrait être véritablement surprenant, voire digne et en tout cas porteur de sens serait de renoncer à la candidature : quel choc, quel impact, quelle trace dans l’histoire contemporaine, quelle audace (enfin), quel démenti à tous ceux qui se gargarisent de savoir, bref quel coup de pied dans la fourmilière qui porte bien son nom tant elle est organisée et structurée malgré les impressions de liberté qu’elle peut parfois donner.

Comme disait un certain Jean-Paul, n’ayons pas peur. Enrichissons nous de l’incertitude, de l’inconnu, et des futurs possibles au détriment de ceux qu’on nous annonce certains. Et puisqu’il faut (?) montrer l’exemple… Je déclare donc solennellement que non, nous ne serons pas candidats !
Je vous sens un peu déçus. Mais diantre, il n’y a pas que la magistrature suprême qui nécessite d’être candidat. Nous renonçons pour notre part à être candides au point de candidater pour une des principales villes françaises qui organise un appel d’offres pour la conception de sa signalétique dans le cadre de son inscription au patrimoine mondial de l’humanité. Cette décision, chers concitoyens n’a pas été prise à la légère, ayant déjà participé à une consultation analogue il y a quelques années et ayant à ce titre une solide connaissance du dossier. Mais nous ne pouvons pas nous résoudre à répondre à un cahier des charges qui, non seulement exige une réponse proche d’un CCTP, c’est à dire totalement finalisée pour permettre la fabrication des mobiliers, mais qui, de surcroit, ne prévoit aucune forme d’indemnité : on frise l’obscénité tant il parait facile à certains maîtres d’ouvrage de demander toujours plus en donnant de moins en moins ou dans ce cas précis, rien. Cela leur est d’autant plus commode qu’il y aura toujours des agences, qui pour de bonnes ou mauvaises raisons, répondront favorablement à ces demandes : que le projet soit ensuite le meilleur qui eut pu être imaginé est une question à laquelle il sera de toute façon difficile de répondre.
Alors candidat, pourquoi pas… Candides, certainement pas !
