Le manque d’inspiration, est un drame, une calamité, la fameuse page blanche de l’écrivain, la toile virginale du peintre, le tas de glaise du sculpteur, le tout autant pour les projets qui nous sont soumis que pour trouver un sujet pour ce billet hebdomadaire : quelle corvée, parfois !
En cours d’éducation physique il nous était fortement conseillé d’inspirer et d’expirer afin de tenir la distance et de ne pas être stoppés net dans les courses que nous pratiquions avec plus ou moins de bonheur. Combien de fois nous partîmes cinq cents et devant tant d’efforts nous ne parvînmes jamais au port, la ligne d’arrivée !

Il en va de même pour ce qui est de notre activité en tout cas telle que je la ressens, passant tour à tour de l’endurance au sprint. De courte ou de longue haleine, c’est une course où le rythme et la respiration donc, tiennent une place essentielle.
L’inspiration, c’est le moment d’avoir des idées, s’imprégner de ce qui nous entoure, être à l’écoute, savoir regarder, s’oxygéner d’air frais à défaut de celui du temps qui n’est pas toujours le meilleur conseiller.
L’expiration, c’est l’instant pour concrétiser, relâcher notre "gaz carbonique", ce qui ne nous sera pas bénéfique, le superficiel, l’inutile pour ne garder que l’essentiel, celui en tout cas qu’on espère : il est si facile et si tentant de tomber dans la facilité en se laissant aspirer plutôt qu’inspirer justement par les sirènes de la superficialité.
Comme pour la course il faut prendre son temps, ne pas se précipiter au risque de finir avec un point de coté, un blocage et d’être essoufflé dès les premiers mètres, en tête au départ, incapable de terminer la course ou arrivant dans un état misérable. Au risque de perdre il est plus glorieux de la faire avec ses propres convictions que celles que les autres tentent de nous asséner ou qu’ils essaient dans leur course effrénée à la réussite de nous imposer comme modèle.

L’expiration est aussi essentielle que l’inspiration : on a tendance à l’oublier, n’être qu’inspiré revient à ne pas savoir mettre en œuvre les idées toutes aussi géniales puissent elles être. C’est donc une question d’équilibre ou de complémentarité : c’est ici que le travail d’équipe revêt toute sa valeur, l’inspiré doit souvent s’appuyer sur "l’expirateur" qui va comprendre, interpréter et finalement donner forme aux rêves du premier. D’autres fois ce même expirateur est le déclencheur, tel le, ou la modèle qui permet à "l’inspiré" de donner corps à l’œuvre ou, dans une moindre mesure, à l’idée.
On aimerait que nos têtes pensantes, décideurs, banquiers, politiques, etc. soient un peu plus souvent inspirés, et qu’ils oublient pour le coup de trop expirer des idées qui ne méritent pas de l’être : c’est sans doute parce que pour inspirer et expirer correctement il faut songer à aérer et renouveler l’air ambiant qui par nécessité se retrouve rapidement vicié à force d’être ainsi recyclé... Aérez-vous, aérons-nous, il en ressortira toujours quelque chose de bien meilleur ! En ces temps de pré-campagne électorale on ne saurait mieux conseiller à nos candidats de ne pas oublier ces quelques préceptes simples afin qu’ils ne s’essoufflent et ne nous essoufflent pas trop rapidement.
Pliez les genoux, redressez le torse, remontez lentement et surtout, n’oubliez pas, inspirez et expirez, il en va de votre bien être... et de celui des autres.
