On y est. Moteur !
Le festival de Cannes est reparti pour un tour...
C’est comme une messe, un moment qui revient, telle une vague, toujours la même, mais un peu dissemblable néanmoins, à peine, à vrai dire, quand le temps est serein. Si différente quand la tempête surgit, qu’elle devient monstrueuse, si inexistante, quand le calme est si plat et qu’il faut le léger clapotis pour nous rappeler qu’elle vibre encore, qu’elle est bien là. La célébration du cinéma n’en finit pas de faire des vagues, de provoquer son inexorable raz-de-marée médiatique avec toujours les mêmes acteurs, ou presque, que ce soit ceux qui y participent ou ceux qui la commentent avec ces regards identiques, ces mimiques vues et revues, si rejouées qu’elles en deviennent prévisibles tant elles sont visibles.

Le barnum est installé pour une quinzaine, avec ses critiques, sauf envers eux-mêmes, ses commentateurs si peu avisés, ses animateurs désabusés, ses soirées VIP, ses publics perchés sur d’improbables échasses métalliques, escabeaux ou tabourets, guettant le moindre signe, sous le soleil ou bien la pluie, devant les caméras bienveillantes ou plus souvent assassines, mais bon on passe à la télé, ça vaut bien le coup qu’on se foute de nous, mon 1/4 d’heure de célébrité, mois aussi j’y ai droit, enfin bref, tous, sont là, attendant on ne sait plus trop quoi, tant les cartes sont jouées depuis longtemps déjà, les rôles parfaitement distribués, le protocole si bien installé que celui du passage de témoin entre deux présidents de la République parait désuet et d’un amateurisme qui fleure avec l’improvisation. Ce festival s’est transformé en une sorte de réunion de famille "obligée" dont on connait tous les visages bien qu’on ne soit pas toujours capable d’y mettre un nom, avec quelques nouveaux venus, les petits derniers ou les "pièces rapportées"...

Passons sur les équipes de choc de Canal + qui invariablement se sortent et nous ressortent tous les poncifs enfilés depuis tant d’années de pratiques et qui prennent littéralement possession de la Croisette, à se demander s’ils n’en sont pas les seuls véritables et uniques propriétaires : tant de moyens pour surprendre aussi peu, tant de questions inutiles, tant de sourires goguenards, ce n’est plus un show, c’est une répétition perpétuelle.
Passons sur tous ceux qui en sont et qui étalent aux yeux des "gens" leur insouciance, leur bllng-bling et leur passion effrénée pour les soirées endiablées dont les coûts pourraient certainement pallier bon nombre de maux dans quelques unes des familles qui constituent leur public : et qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit de culture, de cul, éventuellement… et encore. Quant à la "ture"... on la cherche désespérément.

Attachons nous simplement un instant, pardon de vous arracher à votre téléviseur, aux fameuses sélections qui reviennent inlassablement au risque de nous lasser tant elles semblent copier-coller d’une année sur l’autre. Oh, bien sûr, il serait malvenu de s’en prendre aux œuvres et à leur auteurs qui ont l’honneur d’être présentés, et dont il n’est pas question ici de remettre en cause la qualité. Mais n’est-il pas surprenant d’être aussi peu… surpris ? N’y aurait-il que si peu de nouveaux talents pour qu’ils soient à ce point ignorés ? Ah oui, de temps en temps un nouveau venu est glissé à défaut de se glisser lui-même dans cette sélection décidément très sélect, sorte de blanc seing, ou de justification pour entériner une sélection si attendue. La véritable question ne devrait-elle pas être de faire découvrir plutôt que de recourir (aux "valeurs sûres") ?

En ce qui nous concerne, nous sommes confrontés à certains maîtres d’ouvrage qui, pour ne pas se tromper, plus souvent se rassurer ou ne pas assumer, préférerons choisir le graphiste ou le designer le plus en vue, l’architecte notable, l’agence de communication renommée, c’est si gratifiant pour eux-mêmes, plutôt que de se rappeler et de penser à ce pourquoi la consultation fut organisée.
Alors, parfois on se prête à espérer, à l’instar de Truffault, Godard et d’autres en 1968, dans ce qui n’était pas encore un bunker, qui dirent haut et fort :
"Yes, No Cannes !".