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Expulsés…

31 mai
Jean-Christophe Bollache

Nous apprenons hier que l’ambassadeur de Syrie, l’ambassadrice en fait, bel exemple de parité importée, allait être exclue de notre territoire, avec une cohorte d’alter-égos dont plusieurs pays européens ainsi que d’Amérique du Nord ont décidé l’expulsion. Quelle surprise, compte-tenu de la durée et de la dureté de la répression : j’étais persuadé que cet acte hautement symbolique avait été accompli depuis belle lurette. Quand on se réfère à la célérité avec laquelle bon nombre de gouvernements sont prompts à user de l’expulsion allant jusqu’à en exhiber le nombre comme un trophée, on ne peut qu’être étonné de la lenteur des décisions pour ce qui concerne ces diplomates dont certains n’ont de titre que le nom et couvrent les agissements de régimes parmi les plus barbares. Et si bien des considérations d’ordre politique, stratégique et économique peuvent "expliquer" ce traitement de faveur, en la matière il n’y a vraiment pas d’égalité de traitement.

Être sélectionnés ou ne pas être sélectionnés, être expulsés ou ne pas être expulsés des appels d’offres tel est l’enjeu pour bon nombre d’agences, dont les plus jeunes sont les plus touchés par ce mode de sélection. Certes, il est rassurant et sans doute légitime de s’adresser à des professionnels aguerris plutôt qu’à des débutants. Mais les références doivent-elles demeurer les seuls critères de pré-sélection à être prises en considération ? Car, et j’en garde des souvenirs cuisants à mes débuts, si une chance ne vous est pas donnée quelle est celle de pouvoir un jour réaliser et se constituer ainsi des références ? Je vous rassure, n’allez pas croire que 20 ans d’expérience vous ouvrent toutes les portes, il va de soi que d’autres formes de sélection entrent en jeu. Mais c’est néanmoins un cercle vicieux qui, avec un peu de confiance et de changement, pourrait devenir vertueux.

Un billet écrit par Jean-Christophe Bollache et classé dans : Hors piste.

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Ich bin ein Athener…

23 mai
Jean-Christophe Bollache

En d’autre temps un célèbre président américain, John F. Kennedy, lança, face au mur qui partageait en deux ce qui n’était pas encore la capitale allemande, "Ich bin ein Berliner", voulant exprimer ainsi sa solidarité et son soutien avec les habitants de Berlin-Ouest, territoire enclavé au sein de la RDA, pour les plus jeunes, ex-Allemagne de l’Est.

Que ne rêve-t-on d’entendre l’actuelle chancelière allemande proclamer "Ich bin ein Athener" (je suis un Athénien), au lieu de ne faire qu’exiger toujours plus, oubliant fortuitement qu’une partie de la dette allemande fut purement et simplement effacée au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ce renoncement des créditeurs avait pour but de permettre à ce pays de se redresser et éviter que les sacrifices qui furent demandés à nos voisins germains au lendemain du massacre de 14-18 ne produisent les mêmes effets avec la prise du pouvoir absolu par un sinistre personnage, conduisant au déchaînement que l’on sait.

Certes le problème est immense, mais à force de demander et de presser les Grecs, les Espagnols, les Portugais et d’autres, tels des olives pour en extraire jusqu’à la dernière goutte d’huile, ne risque-t-on pas de voir émerger des groupes extrémistes, sinon terroristes, des dictateurs en herbe ou dans la fleur de l’âge, des militaires nostalgiques de pouvoirs qu’ils détenaient jusqu’à il y a encore peu dans ces pays méditerranéens ?

Quelle autre dette aurions-nous alors, d’avoir laissé les choses se faire ? Elle dépasserait à tout point de vue celles qu’ont contractées ces pays dont les peuples n’ont que très peu de responsabilité dans les errements qu’ils subissent, ne l’oublions jamais.

Finalement la Grèce est, dans une bien moindre mesure, à l’image de nombre de petites agences et entreprises, fragiles, happées, désaxées, qui tentent de survivre jour après jour, munies d’armes si peu égales pour se mesurer aux grosses structures : lorsque l’une d’entre elles déclare faillite, le dirigeant, souvent sans parachute, dont il n’a jamais envisagé qu’il puisse être doré, en subit directement et personnellement les conséquences. Les salariés, malgré eux, sont aussi les premiers concernés, rejoignant la masse de ceux qui voudront peut-être un jour s’indigner, à tort ou à raison, d’avoir accordé leur confiance à ceux qu’ils ont élus ou simplement laissé faire, sans mesurer les conséquences, bien plus souvent qu’on ne veut nous le laisser croire...

Wir sind Athenern !
Nous sommes des Athéniens, mais est-il besoin de traduire ?

Un billet écrit par Jean-Christophe Bollache et classé dans : Hors piste.

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Yes, we Cannes ?

16 mai
Jean-Christophe Bollache

On y est. Moteur !
Le festival de Cannes est reparti pour un tour...

C’est comme une messe, un moment qui revient, telle une vague, toujours la même, mais un peu dissemblable néanmoins, à peine, à vrai dire, quand le temps est serein. Si différente quand la tempête surgit, qu’elle devient monstrueuse, si inexistante, quand le calme est si plat et qu’il faut le léger clapotis pour nous rappeler qu’elle vibre encore, qu’elle est bien là. La célébration du cinéma n’en finit pas de faire des vagues, de provoquer son inexorable raz-de-marée médiatique avec toujours les mêmes acteurs, ou presque, que ce soit ceux qui y participent ou ceux qui la commentent avec ces regards identiques, ces mimiques vues et revues, si rejouées qu’elles en deviennent prévisibles tant elles sont visibles.

Le barnum est installé pour une quinzaine, avec ses critiques, sauf envers eux-mêmes, ses commentateurs si peu avisés, ses animateurs désabusés, ses soirées VIP, ses publics perchés sur d’improbables échasses métalliques, escabeaux ou tabourets, guettant le moindre signe, sous le soleil ou bien la pluie, devant les caméras bienveillantes ou plus souvent assassines, mais bon on passe à la télé, ça vaut bien le coup qu’on se foute de nous, mon 1/4 d’heure de célébrité, mois aussi j’y ai droit, enfin bref, tous, sont là, attendant on ne sait plus trop quoi, tant les cartes sont jouées depuis longtemps déjà, les rôles parfaitement distribués, le protocole si bien installé que celui du passage de témoin entre deux présidents de la République parait désuet et d’un amateurisme qui fleure avec l’improvisation. Ce festival s’est transformé en une sorte de réunion de famille "obligée" dont on connait tous les visages bien qu’on ne soit pas toujours capable d’y mettre un nom, avec quelques nouveaux venus, les petits derniers ou les "pièces rapportées"...

Passons sur les équipes de choc de Canal + qui invariablement se sortent et nous ressortent tous les poncifs enfilés depuis tant d’années de pratiques et qui prennent littéralement possession de la Croisette, à se demander s’ils n’en sont pas les seuls véritables et uniques propriétaires : tant de moyens pour surprendre aussi peu, tant de questions inutiles, tant de sourires goguenards, ce n’est plus un show, c’est une répétition perpétuelle.

Passons sur tous ceux qui en sont et qui étalent aux yeux des "gens" leur insouciance, leur bllng-bling et leur passion effrénée pour les soirées endiablées dont les coûts pourraient certainement pallier bon nombre de maux dans quelques unes des familles qui constituent leur public : et qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit de culture, de cul, éventuellement… et encore. Quant à la "ture"... on la cherche désespérément.

Attachons nous simplement un instant, pardon de vous arracher à votre téléviseur, aux fameuses sélections qui reviennent inlassablement au risque de nous lasser tant elles semblent copier-coller d’une année sur l’autre. Oh, bien sûr, il serait malvenu de s’en prendre aux œuvres et à leur auteurs qui ont l’honneur d’être présentés, et dont il n’est pas question ici de remettre en cause la qualité. Mais n’est-il pas surprenant d’être aussi peu… surpris ? N’y aurait-il que si peu de nouveaux talents pour qu’ils soient à ce point ignorés ? Ah oui, de temps en temps un nouveau venu est glissé à défaut de se glisser lui-même dans cette sélection décidément très sélect, sorte de blanc seing, ou de justification pour entériner une sélection si attendue. La véritable question ne devrait-elle pas être de faire découvrir plutôt que de recourir (aux "valeurs sûres") ?

En ce qui nous concerne, nous sommes confrontés à certains maîtres d’ouvrage qui, pour ne pas se tromper, plus souvent se rassurer ou ne pas assumer, préférerons choisir le graphiste ou le designer le plus en vue, l’architecte notable, l’agence de communication renommée, c’est si gratifiant pour eux-mêmes, plutôt que de se rappeler et de penser à ce pourquoi la consultation fut organisée.

Alors, parfois on se prête à espérer, à l’instar de Truffault, Godard et d’autres en 1968, dans ce qui n’était pas encore un bunker, qui dirent haut et fort :
"Yes, No Cannes !".

Un billet écrit par Jean-Christophe Bollache et classé dans : Hors piste.

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C’est notre tour !

9 mai
Jean-Christophe Bollache

Ça y est c’est fait !

Des heures, des jours, des semaines que nous attendions l’issue finale, alternant entre désespoir et fébrilité, joie et abattement, élans et doutes. Désormais, c’est de l’histoire ancienne, et tous ces moments ont disparu miraculeusement comme les cheveux sur le crâne d’un moine tibétain. Nous y sommes, et si certains sont forcément déçus, nous ne cacherons pas notre joie d’être élu : ce n’est pas tous les jours qu’on gagne !

Bien sûr la bataille fut rude, parsemée de chausse-trapes, émaillée de promesses de certains, dont on savait au moment où elles étaient prononcées qu’elles ne seraient pas tenues : pour beaucoup elles n’engagent que ceux qui les croient, pour d’autres, dont nous, elles se doivent d’être respectées.

Bien sûr encore, le fait de n’avoir jamais occupé une telle place ou de ne pas avoir suffisamment de références fut largement utilisé et sema le doute dans bon nombre d’esprits : mais n’est-ce pas le destin de tout néophyte que de ne pas avoir été avant de devenir ?

Bien sûr, nous avons craint jusqu’au bout que la tendance se renverse et qu’au final tout serait finalement comme avant : le changement, est-ce toujours pour demain ?

Bien sûr enfin, la bonhommie et le manque apparent de certitudes furent l’objet de reproches incessants, au mieux de condescendance, au pire de mépris : le cercle des prétendants se confond souvent avec celui des prétentieux...

Mais au bout du compte, rien n’a pu stopper cet élan, et c’est avec les plus fidèles, ceux qui y ont toujours cru, que ce tour est devenu le nôtre et que nous avons pu franchir l’obstacle qui nous a semblé tant de fois insurmontable. Ça y est, l’heure du résultat est enfin venue...

Comme le répètent et le crient à l’envie toutes ces foules amassées, presque surprises, n’en revenant pas de leur propre bonheur en ce jour historique : "On a gagné !".

Nous sommes plus que fiers et heureux d’avoir été choisis par la Sorbonne pour imaginer le nouveau logotype de sa bibliothèque inter-universitaire ainsi que l’élaboration de sa charte graphique.

Un immense merci à tous ceux, nombreux, qui nous ont fait confiance et ont soutenu notre candidature en faisant notre éloge et en témoignant de notre engagement.

Un billet écrit par Jean-Christophe Bollache et classé dans : Hors piste.

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