Lorsque la ville de Fécamp nous a fait l’honneur de nous auditionner avant de nous choisir en juin dernier, j’étais loin, très loin d’imaginer ce qui en découlerait. Tout d’abord envisagé comme "un appel d’offres de plus", le projet s’est peu à peu transformé en une aventure graphique et humaine passionnante. Vous me permettrez donc de vous la conter en plusieurs fois.
LES DÉBUTS
Comme à l’habitude, hélas devrais-je peut-être dire, tant il faut en changer pour surprendre, nous avons tout d’abord remis scrupuleusement notre dossier de candidature, omettant de montrer nos pires réalisations, mettant en avant les références qui nous semblaient les plus probantes et les mieux à même de nous permettre de franchir ce fameux premier tour, celui qui, s’il n’est pas surmonté, nous renvoie à notre triste condition de graphiste en mal de reconnaissance. À notre plus grande joie, peut être même un peu surpris, nous fûmes invités à participer à la deuxième étape, et c’est le cœur vaillant et plein d’espoirs que nous nous attelâmes à la tâche, dépensant sans compter notre temps, puisant sans relâche dans nos stocks d’énergie, pour proposer différentes pistes qui, en fin de compte, ne nous étaient même pas vraiment demandées à bien lire le cahier des charges ! Allez savoir, à trop vouloir en faire, on finit parfois par se perdre en chemin. C’est donc comme toujours un peu tremblant et hésitant que je me rendis à l’invitation de la Ville pour faire la présentation de notre projet, 3 à vrai dire, si dissemblables, tant dans la forme que dans le fond, qu’ils auraient sans doute pu être proposés par 3 agences distinctes…
Première leçon : ne jamais chercher à couvrir le champ des possibles, ne pas hésiter, quelle légitimité peut-on en tirer, quelle peut bien être notre crédibilité, à défendre des points de vue diamétralement opposés ? Est-ce pour se rassurer soi-même ou pour tranquilliser le client sur notre force de proposition, sorte d’habitude prise au gré des appels d’offres qui imposent bien souvent la réalisation de plusieurs maquettes ? Je l’ignore, mais il n’en demeure pas moins qu’au bout du bout, le seul projet qui vaille la peine d’être soutenu est celui auquel tout le monde adhère et croit, celui de la sincérité et de l’évidence. Demande-t-on à un écrivain d’écrire plusieurs versions de son livre ?

Quoi qu’il en soit, cette présentation fut quelque peu épique, aucune de nos pistes n’ayant soulevé un quelconque enthousiasme parmi la trentaine de membres du jury, mes propos ayant même été jugés "inadéquats" me renvoyant à mes propres contradictions et dans le train de retour par la même occasion, tête basse, ressassant des regrets que je crus sur l’instant éternels. Quelle ne fut donc pas étonnement, y croyant tout d’abord à peine, quand, contacté peu après, on m’annonça que notre agence était l’heureuse élue…
Deuxième leçon : ne jamais (trop) désespérer et ne pas forcement se fier à nos premières impressions. Combien de fois suis-je sorti d’une présentation, sûr de mon fait, convaincu d’avoir séduit le jury, certain d’avoir remporté le morceau, pour me retrouver peu de temps après le bec dans l’eau. A contrario, il m’est arrivé de parler, d’expliquer, sans qu’aucune réaction ne soit perceptible, qu’aucune question ne me soit posée, me faisant plus que redouter le pire, persuadé d’être totalement passé à coté du sujet, et pourtant, parfois l’issue des courses, nous fut favorable.
Tout se résume au final en quelques mots : les relations humaines. On a trop tendance à les oublier dans une société qui cherche de plus en plus à tout normaliser, tout ordonner et tout contrôler, oubliant l’indicible part qui correspond à toutes ces choses non mesurables et non quantifiables, qui sont un élément clef de nos vies personnelles mais aussi professionnelles. Un mot, une expression, une manière d’être, une part de sincérité peuvent parfois valoir bien plus que tous les argumentaires appris et répétés qui à la longue perdent peu à peu leur sens, tant ils sont devenus attendus.
Troisième leçon : il n’y a pas de leçon à retenir. À part les deux précédentes. Je veux dire ici qu’il n’y a pas de recette, que chaque situation est différente, selon le contexte local, les individus qui composent le jury, l’écoute qui nous est accordée, les habitudes qui sont souvent ancrées, etc. Il faut sans cesse s’adapter, comprendre, aimer, mais pour ça il nous manque bien souvent un facteur essentiel, le temps.

LE TEMPS
C’est ce qui me fut donné à Fécamp avec beaucoup de générosité, et de patience, il va de soi. J’ai d’abord pu rencontrer bon nombre d’acteurs locaux, élus, responsables de services, agents, originaires de la ville ou non, afin de recueillir, élément essentiel, leur ressenti vis à vis de leur cité, ce qui la caractérisait le mieux ou le moins bien à leurs yeux. J’ai pu visiter accompagné tous les lieux emblématiques de la commune, bénéficiant de toutes les explications dont j’avais besoin, et au-delà. Ce fut un moment d’une rare intensité, pour ma part, découvrant une ville qui se révélait peu à peu, me montrant bien plus de choses que le cahier des charges ne me l’avait laissé entrevoir. J’en suis reparti avec des paroles plein la tête, des images plein les yeux et des idées plein les poches. Je suis parti en vacances avec un MacBook Pro, mes valises habituelles auxquelles s’est ajoutée celle que m’avait remise la Ville de Fécamp, remplie des multiples publications municipales existantes et de tas de petites attentions, un jeu, des crayons, etc. Et c’est là, au pays Basque, paradoxalement ou non, que tout a véritablement commencé. J’ai pu travailler chaque jour, en bord de mer, quel luxe, élément commun à mes deux centres d’intérêt, faisant, refaisant, défaisant pour, aboutir à ce qui allait être bientôt la nouvelle identité de Fécamp.

UNE IDENTITÉ
J’ai peu à peu, et dirais-je naturellement, laissé tomber la création d’un logo, pour m’orienter vers quelque chose de beaucoup plus souple, quelque chose de vivant, qui représente non seulement la ville en tant qu’institution, en tant que collectivité, mais qui s’intéresse à toutes et à tous, qui s’adresse à tous les Fécampois et bien plus encore. Il y a eu comme un instant magique car je ne sais toujours pas exactement comment tout cela s’est déroulé. Enfin, le projet a pris forme sous mes yeux et je n’ai depuis jamais douté de ses qualités, de son évidence pourrais-je dire. Ce devait être ça et rien d’autre. Partant d’une base relativement structurée, j’ai pu laissé vraiment libre cours à l’imagination, la mienne et celle de cette identité, car elle m’échappait parfois, me guidant vers des chemins que je n’avais pas songé à explorer jusqu’alors. 3 mois, c’est le temps qui m’a été donné, 3 mois à doucement, élaborer le projet, parfois de nombreuses heures, souvent par petites touches. Et puis vint le moment de présenter cette identité, que jamais je n’ai divulgué à la Ville avant cet instant : le plus étrange, et c’est si rare que je le souligne, est que j’étais certain de moi, à vrai dire du projet et que je me suis rendu à Fécamp en pleine confiance et totalement serein. Une grande première, donc...

la suite au prochain épisode...
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